Cruauté et vocabulaire ou le langage spéciste

Photo: Jo-Anne McArthur / We Animals

Par : Valérie Pecquet

Les mots ont un grand poids dans notre construction personnelle du monde. C’est l’un des facteurs déterminants lors de l’établissement d’une échelle de valeurs qui régira le regard que l’on porte sur le monde et les actions qui en dériveront. Incluant la consommation. Et l’industrie de l’exploitation animale le sait très, très bien.

Parlons de quelques exemples :

« La vache qui rit » :

Comme pratiquement tout le monde, tout au long de ma vie j’ai entendu « les vaches donnent du lait. ».

Le verbe « donner » entraîne naturellement cette perception de fait volontaire, décision prise dans le plaisir et pour le bien de l’autre.

La réalité étant que ce fait particulier n’a rien de volontaire, de choix libre, et rien de plus éloigné du plaisir. Si le vocabulaire utilisé reflétait mieux ce qui se passe caché au regard des consommateurs on devrait dire et entendre : « Le lait est obtenu en le prenant à des mères désespérées qui sont soumises à une vie lamentable d’exploitation sévère après les avoir séparées à la force de leurs nouveau-nés. »

Mais bien sûr, cette phrase, parce que réaliste, aurait beaucoup moins de valeur de marketing.

« La vache qui pleure » ou « La vache qui souffre », n’attirerait que très peu de public, n’est-ce pas?

Comme parent diriez-vous, sourire aux lèvres, à vos enfants : « mon cœur n’oublie pas de manger tes « vache qui souffre », c’est bon pour toi. » ? Imaginez le regard de votre enfant si c’était le cas… L’achèteriez-vous pour vous-même?

Le message éhonté de l’industrie, des marques, cette très fausse « valeur positive » (il y en a d’autres, tout aussi mensongères, comme le besoin pour la santé de manger de la viande), ne change pas la vérité.

La production de produits dérivés des animaux est une industrie de de sang, de séparation, d’isolement, de maladie, de douleur, de violence, de désespoir, de destruction et de mort.

Mais, nous nous interrogeons rarement sur les choses qui nous sont présentées comme positives…

Ce pourquoi, en réaction à une croissance du mouvement pour les droits de animaux et les régimes végétariens-végétaliens, l’industrie réplique fortement en essayant (parfois avec succès) de criminaliser les activistes et particulièrement les « undercover investigators ».

La question est simple alors, par rapport à ça : « S’il n’y a rien à cacher et si les exploiteurs sont sûrs que le public accepterait ce qui est fait pourquoi ne pas le montrer? Pourquoi s’investir dans l’effort de mettre en prison des personnes qui finalement ne font que prendre des vidéos et/ou des photos pour les montrer? ».

Si les vaches « riaient » vraiment l’industrie serait la première -et la plus intéressée- à le montrer.

Viande/saucisses/cuir :

Parmi d’autres…. Mais survolons ces termes.

Dans ce cas ces termes ne sont pas mensongers mais provoquent et permettent une distance émotionnelle et psychologique entre leur origine (l’animal) et le « produit » que nous achetons au supermarché, bien présenté… Ils rendent donc l’être vivant, qui a tellement souffert, invisible.

Viande : morceau de cadavre de vache ou de porc ou tout autre animal (probablement très jeune) assassiné après une vie misérable. Contient des antibiotiques, des hormones en quantités inconnues et sans études sur l’effet sur la santé. Après tout, ça coûterait cher à l’industrie et serait probablement très nocif pour son image et ses finances ! Quel intérêt? Sûrement pas le leur…

Saucisses : hachis des restes des cadavres d’animaux assassinés (probablement très jeune) après une vie misérable, incluant les anus, les yeux et tout ce qui est impossible à vendre sur l’étalage de la boucherie sans que les consommateurs portent plainte ou vomissent (ou les deux).

Cuir : Morceau de peau d’un cadavre d’animal (probablement très jeune) assassiné après une vie misérable, traité chimiquement, entre autres pour éviter qu’il pourrisse.

Je me répète? Un peu? Question de donner des définitions réalistes…

« Production » de viande :

‘Production’ est l’acte de produire quelque chose. Il est, donc par définition, impossible de dire qu’un être humain produit un animal. Et par conséquent de la viande, autre que celle de son corps.

Appliqué à une personne le mot ‘viande’ vous semble soudain répugnant? Ce sont VOS muscles, VOS organes… C’est vrai dans le cas de n’importe quel être vivant. Votre « viande » est en réalité des morceaux de muscles morts, d’organes morts qui ne vous appartenaient pas.

Avez-vous déjà vu des images d’abattoirs? Le sang du sol au plafond, les cadavres suspendus à des crochets, les couteaux gargantuesques? Avez-vous vu des vidéos d’abattoirs? Avez-vous entendu les gémissements de panique? Le regard de désespoir? Combien certains des animaux luttent pour leur vie? Comment ils sont saignés vivants dans certains cas? Décapités?

Elle est là la réalité de la « production de viande ».

Vous achetez du « humainement abattu » parce que vous ne voulez pas payer pour cette souffrance-là? Avez-vous considéré que, peu importe comment elles sont assassinées, leur vie a été de toute manière un long martyr? Et saviez-vous que, selon les témoignages de travailleurs d’abattoirs, les vaches qui attendent d’être tuées paniquent et essaient de fuir peu importe le moyen du meurtre?

La « récolte » des fourrures :

J’ai personnellement rarement entendu une expression aussi absurde et mensongère. On pourrait tout autant parler d’unicornes et ne pas changer de niveau de fantaisie…

On récolte des beaux fruits mûrs, des pommes de terre, des noix, même du sel… Toutes des super activités que nous pouvons faire le dimanche en famille et garder les photos dans l’album pour en garder de beaux souvenirs. Et c’est bien pour cela que c’est le mot choisi par les éleveurs, les trappeurs, et les vendeurs. Mais encore-là ils nous mentent, et, à un degré très impressionnant.

Fermes à fourrure : des cages trop petites et sales en grillage de fer dans lesquelles ils ont des difficultés à même se tenir debout, des animaux parfois blessés qui ne reçoivent pas ou très peu de soins spécialisés, toujours misérables, déprimés et maltraités, qui attendent leur mort. Celle-ci arrivera souvent par électrocution anale (pour ne pas endommager la fourrure) ou il est aussi possible que la peau leur soit arrachée alors qu’ils sont encore vivants.

La fourrure d’animaux sauvages : Ils marchent dans un piège et à partir de là ont peu de choix. Soit, dans leur désespoir se mutiler pour essayer de se libérer -ce qui le tuera à cause de la perte de sang-, mourir de faim (la personne qui a mis le piège peut tarder des jours à revenir), mourir à cause des conditions climatiques, ou attendre que « l’humain » revienne et l’assassine alors.

Des belles photos pour l’album de famille?

Non, une industrie sanglante.

Porc vs cochon, bœuf vs vache, poulet vs poule :

Du porc, du bœuf, du poulet représentent ce que nous pouvons acheter au supermarché.

Un Cochon, une vache (80% de la viande de ‘bœuf’ est de la chair de vache, l’immense majorité des mâles étant assassinés pendant leurs premières semaines de vie), une poule, font référence à l’animal.

Pourquoi du vocabulaire différent pour parler de ce qui pourtant est identique?

Encore, on accepte mieux d’acheter le ‘produit ‘ que le cadavre de l’animal.

Une poule nous fait penser à l’oiseau avec ses petits poussins. Nous ne voulons pas penser à elle lorsque nous mangeons ‘du poulet ‘. Cette rigolote maman, qui montrait à ses petits comment chercher de la nourriture, est maintenant un cadavre dépecé dans votre assiette. Appétissant? Simplement vrai.

On trouve les vaches paisibles, jolies, nous ne voulons pas penser à elles lorsque nous mangeons ‘du bœuf’. Pour les mêmes raisons.

Mais les choses sont ce qu’elles sont, qu’on veuille ou pas y penser, qu’on soit ou pas capables de le voir. Votre ‘poulet’ aurait dû pouvoir élever ses petits poussins, votre ‘bœuf’ a été une mère esseulée et abusée et votre ‘porc’ avait l’intelligence de votre enfant de 3 ans et demi. Et sont maintenant des morceaux de corps mort -alors que c’est absolument innécessaire-. La preuve, les personnes comme moi, qui n’en mangent plus depuis, 20, 25, 30, 45 ans et sont en parfaite santé.

L’euthanasie vs l’abbatage

Euthanasie : du grec, signifie « bonne mort », soit une mort douce.

On appelle euthanasie animale la mise à mort volontaire d’un animal afin de mettre fin à ses souffrances ou à une agonie prolongée. Et par définition sa mort doit être le plus paisible possible. L’euthanasie se fait généralement par voie médicamenteuse et -par loi dans un nombre de pays- ne devrait être exercée que par un vétérinaire ou une personne autorisée par le gouvernement.

Elle est effectuée dans l’intérêt supposé d’un animal par opposition à l’abattage, effectué dans l’intérêt des êtres humains.

Revenant à l’élevage :

les morts ne sont pratiquement jamais (si jamais!) paisibles.

L’industrie ne tue pas les animaux pour mettre fin à leur souffrance ni à leur agonie mais pour faire un profit – en opposition à ‘l’intérêt de l’animal’.
– Même si des vétérinaires travaillent pour l’industrie le nombre de mises à morts provoque automatiquement que la vaste majorité seront appliquées par des personnes non autorisées à pratiquer des euthanasies.
– Les outils utilisés sont des armes.

Est-il clair que ce que l’industrie fait N’EST pas de l’euthanasie?
S’en prendre à un être vivant dans l’intention de le tuer est du meurtre.

Et comme j’entends votre question d’ici je prends la liberté de vous répondre tout de suite : Non, un tigre (lion, loup, chat…) n’est pas en meurtrier mais un déprédateur à régime majoritairement ou exclusivement carnivore, ce que l’homo sapiens (!!) n’est pas.

D’un autre côté n’oublions pas le jugement MORAL que vous et moi nous sommes supposés avoir -et exercer- parce que justement nous ne sommes pas des tigres. Ça va? Parfait.

Les insultes.

Un nombre d’expressions méprisantes, voire carrément insultantes sont des comparaisons avec des animaux. En utilisant ses insultes, nous rabaissons leur valeur morale, nous nous croyons en droit de les traiter comme des objets, nous dévalorisons leur capacités – émotionnelles et toute autre-, et nous occultons, minimisons ou ignorons leurs souffrances.

Personnellement je crois que tout cela, est dévalorisant au plus haut point. Pour eux, c’est clair, mais aussi pour nous! On se rabaisse soi-même par ce genre de comportement, car ils ne sont ni éthiques ni moraux.

Des exemples :

  • Être une bête.
  • Sale bête / dinde / âne / porc / chacal / chienne / vache / cochonne / truie
  • L’homme est un loup pour l’homme
  • Avoir un caractère de chien
  • Peau de vache

La liste est longue (lamentablement) mais le principe reste le même. On part de la croyance de ‘supériorité’ et à force de regarder de haut on parcourt la pente vers le bas.

D’une manière ou l’autre, tant que nous n’avons pas questionné ce genre de vocabulaire, tant que ne l’avons pas remplacé par une description plus proche de la réalité, on paie pour la cruauté cachée derrière ces mots, et nous rendons complices de l’infinie souffrance de milliards que nous devrions traiter avec dignité et respect. Nous devons donc nous informer, voir les choses pour ce qu’elles sont.

Je vous donne un tip, particulièrement si vous êtes parent (sinon vous pouvez toujours imaginer la situation) : si vous auriez des difficultés à expliquer à votre enfant de 4 ou 5 ans d’où vient votre viande (cuir, fourrure…) sans déguiser le tout avec du faux vocabulaire, ou si vous croyez que votre enfant serait horrifié s’il connaissait la vérité probablement vous ne devriez pas le faire (acheter, porter). En fin de compte vous n’avez jamais de problèmes à leur expliquer d’où viennent les pommes n’est-ce pas?

Après tout, « je ne causerai pas de souffrance volontairement », direct ou indirectement, devrait comme même être la valeur morale de base pour tous.