Un autre type de mission de paix au Moyen-Orient : 269 Animal Liberation Farm Israel

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Entrevue avec Sasha Boojor sur le leadership et l’avenir du Mouvement de Libération Animale

Par : Marion Achoulias  (Traduction : Claire Pochon)

Commençons par un fait intéressant: Quand le fondateur de 269; Sasha B. organisa le premier événement de ‘marquage au fer rouge’ à Tel Aviv en 2012, il fut bien en peine de trouver 2 volontaires prêts à se soumettre à cette épreuve, ayant pour but de sensibiliser le public au sort des animaux dans les élevages industriels. Mais il ne se laissa pas décourager   par le manque d’enthousiasme initial des activistes locaux, et décida de faire venir un activiste de Russie, prêt à brûler sa propre chair pour la cause.

Image: 269 life

Image: 269 life

‘‘On ne peut pas rester assis à ne rien faire en attendant que d’autres se tapent le sale boulot’’ dit Sasha en souriant, ‘‘Il faut être aux premières lignes, il n’y a jamais de moment parfait pour le faire, c’est à nous de créer le ‘momentum’.’’ Inutile de dire que ce fut un succès médiatique. Beaucoup de jeunes très ‘tendance’  sont attirés par le phénomène 269 qui a pris une dimension planétaire. Mais Sasha n’est pas intéressé par la mode : ‘‘Le Mouvement a bien démarré mais j’ai peur que si nous ne continuons pas à insister pour trouver des moyens créatifs de faire de l’activisme, nous deviendrons désabusé et fainéant. Nous devons sortir un peu de Facebook. Nous devons arrêter de nous auto-féliciter pour chaque petite victoire, mais plutôt penser à ceux qui sont enfermés dans des cages et des camions vers les abattoirs.’’

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Juillet 2014. Israël venait tout juste d’entrer en guerre et j’étais contente d’échapper aux abris anti-bombes et alarmes incessantes de Tel-Aviv, pour une journée. J’ai pris l’autobus pour me rendre à Kerem Maharal où un camion m’attendait pour me conduire, à travers les collines de sable du Nord de l’Israël, vers un endroit secret, pour une entrevue avec des membres de 269, à propos du leadership et de la stratégie activiste. Personne ne devait connaître l’emplacement précis avant que le site ne soit complètement sécurisé.

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J’arrive enfin en ce lieu, qui était en train de devenir un refuge sécuritaire pour animaux en détresse. Comme je traverse le jardin, je suis émerveillée de voir combien tout y est vert. Le sanctuaire a l’air de faire fleurir le désert! Des chiots heureux jouent jusqu’à épuisement. Deux poules dans leurs toutes nouvelles plumes, sont en train de prendre un bain de poussière. Des militants qui travaillent ensemble dans un incroyable esprit d’équipe. Pour un instant, j’oublie que je suis dans un petit îlot de quiétude, entouré d’une mer de guerre et d’abattoirs. Mais Sasha coupe court à ma rêverie : « Dites à vos amis Nord-américains la vérité : il n’y a pas de révolution végane en ce moment en Israël; loin de là! Pour le moment, nous n’avons rien à célébrer.’’  Et non ce n’est la déprime qui le fait parler ainsi, seulement la dure réalité de l’exploitation animale qui hante les militants même dans ce paradis. Pour ce sanctuaire, les activistes prennent des risques, quittent leur vie confortable pour en commencer une nouvelle. Maria, qui a étudié en médecine ayurvédique, consultante en santé sexuelle, a tout quitté. Zoe, une jeune artiste de Tel  Aviv a investi toutes ses économies dans ce projet. Son dévouement est contagieux, quand elle dit d’une voix assurée: ‘‘Je donnerai ma vie pour cette cause’’. Et vous?

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Leur vision est très contemporaine : devenir totalement autosuffisants pour récolter ce qu’il faut pour les êtres humains et non-humains, notamment en développant  de projets menant à l’autonomie énergétique et à l’approvisionnement en eau. Un jardin de plantes médicinales est aussi planifié. ‘‘Il est extrêmement important d’être indépendant pour qu’il n’y ait aucun compromis dans notre message : la fin de toute forme d’exploitation animale’’, souligne Sasha. C’est un projet bien pensé, les questions juridiques ont été étudiées,  tout comme la géographie, la qualité du sol, la faune et l’environnement culturel. Alors que 269 travaille à établir des relations avec la population locale, y compris juifs et arabes, la sécurité et la coexistence pacifique avec la faune et les diverses cultures demeure une préoccupation continuelle. Il pourrait y avoir aussi quelques problèmes de nature territoriale en raison de la présence de Bédouins dans la région. Et certains animaux sauvages qui peuplent les collines sont des prédateurs: serpents, scorpions, chiens sauvages et sangliers. Les grands enclos pour animaux sont maintenant sécurisés pour protéger les résidents contre d’éventuels intrus; humains ou non-humains. Bientôt les chèvres, les vaches, les poules auront le choix d’interagir avec les humains, s’ils le souhaitent, ou de se retirer pour s’éloigner du tumulte humain. Une section sera réservée pour les survivants de l’industrie de la vivisection tels que les rats, les lapins, et les cochons d’inde.

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Mais ça n’est pas tout : Le refuge ouvrira bientôt ses portes aux activistes, aux artistes et aux intellectuels des quatre coins du monde, pour partager des idées, concevoir des projets, et apprendre les uns des autres. Il sera également possible de contribuer et d’y faire du bénévolat. Le refuge 269 pourrait bien devenir le pivot international du mouvement de Libération Animale, un facteur capital dans le développement d’un mouvement mondial basé sur la solidarité, la créativité et l’amour de toutes formes de vie. Je vois ce projet comme un carrefour radical de rencontres : si l’on considère l’extrême individualisme auquel nous, les activistes Nord-américains et Européens adhérons, cela pourrait servir de modèle inspirant. Nous pourrions cesser de penser à la première personne et commencer à penser en terme de communauté. Nous serions si puissants si nous avions le courage de prendre des risques, de nous rapprocher et partager nos ressources. Imaginez que nous développions une vraie collectivité végane, que nous achetions des maisons ensemble, et que nous envisagions des rues ou des villages véganes!

Merci 269 pour cette avancée majeure ; soit de bâtir un territoire de paix végétalien!

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*Je me suis rendue en Israël dans le cadre de ma thèse de doctorat sur le mouvement Israélien de libération animale. Mon objectif est d’étudier la «pensée derrière l’action ». Je m’oppose à ces «modérés» qui récusent 269 et qui les considèrent comme une bande de marginaux tatoués et en colère qui commettent d’impitoyables diffamations. D’après les conversations que j’ai eues avec les membres, j’ai plutôt l’impression que 269 devrait être vu comme un mouvement politique et culturel, créatif et intellectuellement intéressant. Et pourquoi le qualifier d’initiative de paix? Ce type de mouvement n’a pas de frontières. Militants arabes et juifs travaillent côte-à-côte dans ce sanctuaire. Et malgré la guerre qui fait rage, ils refusent d’être ennemis.

Pour plus d’information:
http://www.269farm.com/

sur Facebook:
https://www.facebook.com/269LifeFarm

Et vous pouvez contribuer au projet:
https://www.indiegogo.com/projects/269life-liberation-farm#home